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Saddle fitting
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5 juillet 2012

Soyez de BONS clients

Voici le dernier aphorisme qui m'est venu en tête, au fil de discussions avec plusieurs personnes (d'abord sur un forum, puis avec Aurélie l'autre jour dans la voiture). Je racontais je sais plus quoi, et puis j'ai failli partir dans ma diatribe habituelle de franchouillarde mal dégrossie "les gens sont cons", tout ça tout ça.

Mais en fait, non. Les gens ne sont pas cons, les gens sont ignorants. L'ignorance, ce n'est pas un signe de bêtise. L'ignorance, c'est simplement que personne n'a jamais appris aux gens ce qui était juste ou pas. Etant douée d'une curiosité naturelle plutôt poussée, j'ai tendance à faire toujours des recherches sur tout et n'importe quoi, du coup j'apprends plein de trucs... et j'ai du mal à concevoir qu'on ne soit pas comme moi (note pour plus tard : la tolérance, c'est bien aussi). Bref, mon caractère de cochon n'étant pas la question, revenons à la question première : comment remédier à l'ignorance? et pourquoi sommes-nous ignorants?

Le pourquoi, c'est pas compliqué, en matière de chevaux. Autrefois, les gens vivaient avec les chevaux, ils les connaissaient par coeur, ils travaillaient avec eux. Puis le cheval de loisir a supplanté le cheval de travail, et l'on venait au manège pour faire un coup de radada, sauter trois piques et puis s'en va. La relation au cheval a disparu, de même que leur connaissance. C'est pour cela, je crois, que le courant des chuchoteurs et autres éthomagiciens marche tellement bien. J'aime assez comparer ça à la collection de bouquins "pour les nuls", vous savez? c'est super bien foutu, et ça explique de façon claire et pédagogique comment tout et n'importe quoi marche. Ben l'éthoprout, ou plutôt le comportementalisme équin (puisque l'éthologie est une discipline scientifique qui n'a rien à voir dans l'interaction homme/cheval, elle aide juste l'homme à comprendre le cheval mais c'est tout), ça vient pallier les gros manques de naturel qu'on a avec nos chevaux. On ingère des méthodes pour devenir gens de chevaux, ceux qui comprennent le but des manipulations telles que le join-up ou les jeux et les utilisent à bon escient deviennent des gens de chevaux décents, ceux qui ne comprennent pas lobotomisent leurs chevaux et les transforment en radis à sabots avec la capacité d'initiative d'une mouche sous Tri-tec ( = pas vraiment fougueuse, la mouche). Passons sinon je vais redevenir franchouillarde en gros sabots.

Bref, autrefois, la relation au cheval était question de bon sens, voyez? le bon gros sens paysan, un truc simple, qui sent la terre mouillée et l'huile de vidange, un peu. Mais simple. Sans chichis. Bien, quoi. Et c'est pour ça qu'autrefois, les gens SAVAIENT qu'un cheval de selle, il lui fallait une selle adaptée. Les chevaux de trait, il leur fallait des colliers adaptés. En un mot : on faisait du saddle fitting sans savoir qu'on en faisait parce que c'était normal, c'était le bon sens, voilà, c'est tout.

LE BON SENS. Voilà, le mot est lâché. C'est juste du bon sens de mettre une selle adaptée sur le dos d'un cheval. C'est comme, je sais pas, vous êtes invitées à un mariage, mesdames, vous mettez des escarpins pour faire chic, et vous prévoyez vos ballerines dans le sac à main pour vous dandiner sur la piste de danse après le trou normand, parce que vous SAVEZ que vous allez avoir mal aux pieds avec ces foutus talons de 12. Ben voilà. Votre cheval, vous imaginez que sa selle trop serrée, c'est des talons de 12, et que vous lui demandez d'enquiller le parcours de 12 obstacles, 15 efforts, en talons de 12. Pas sympa... et surtout, c'est pas vraiment faire preuve de bon sens, si vous tenez à lui, vous ne voulez pas lui faire mal, non?

Et j'en arrive à ma 2e question (je suis super digressive là quand même) : comment remédier à l'ignorance?

En réfléchissant. En observant. En vous posant des questions. En faisant preuve de curiosité intellectuelle. En parlant avec les gens qui savent - tout en vous méfiant, ceux qui savent ne sont pas forcément ceux qui cherchent à vous persuader qu'ils savent, eux en général, ce sont des outres gonflées d'air.

Mais malheureusement, les gens qui en équitation sont censés transmettre le savoir, bien trop souvent, ne savent pas eux-mêmes - du moins en matière de sellerie. Dans la formation BPJEPS, il n'y a RIEN sur la selle. Dans les galops, à part deux trois vagues questions sur comment on différencie le petit quartier du grand et dans quel sens on la pose sur le dos du cheval ("alors attends, le troussequin, c'est devant ou derrière?" "derrière!"), RIEN non plus - même pas une explication sur comment positionner la selle sur le dos, et surtout pourquoi. Alors qu'on vous fait gober stupidement tous les noms des os et des muscles au Galop 5 - je parie que tous ceux qui ont passé leur galop 5 ne s'en souviennent pas, à part peut-être de l'atlas et de l'axis, qui ont des noms super cool. Mais on ne vous explique rien sur pourquoi et comment tout ça interagit ensemble, et comment ça se passe dans l'activité équestre, rapport à la locomotion, tout ça tout ça. RIEN.

Le système pédagogique de la FFE est encore pire que celui de l'Education Nationale, c'est dire. (non je ne donnerai pas mon avis sur l'Education Nationale, chut, chut, suffit!) Aujourd'hui, quand on arrive au galop 7, si on a suivi religieusement son cursus de club, on ne sait rien. Si, on sait piloter un cheval dressé, voilà. Mais tous les comment et les pourquoi, ça vient après. Et là, c'est le drame, y a plus rien...

C'est un peu comme le permis de conduire, tiens. Au permis, tu passes ton code, tu fais tes 20h, ton mono te juge naze et te fait raquer 4 5 séances supplémentaires histoire d'arrondir un peu la fin de mois, tu passes ton permis, tu le rates, tu repasses ton permis, et ça y est, t'as le précieux papier rose! (où tu as la tronche de tes 16 ans que tu regretteras toute ta vie). Et t'achètes une voiture. Et là, c'est le drame (bis). Sérieusement? j'ai acheté une voiture y a 1 an et demi. J'ai découvert après avoir un jour, par hasard, ouvert ma carte grise qui est toujours sagement rangée dans mon sac à main, qu'il fallait faire une révision - une quoi??? Bon. Et là, à la révision, on me dit "contrôle technique" (et qu'en plus, la voiture ne passera pas le dit contrôle, argh! 1000 balles de réparations, hop là!). Et là je re-bugge. Pourquoi personne m'a jamais appris à être propriétaire d'une voiture?

Bon. Avoir un cheval, c'est pareil, en pire, parce que ça mord, ça donne des coups de tête et de sabots, ça coûte cher en carottes et en tapis Equi-thème (enfin non, maintenant la mode c'est BR paraît-il, moi j'y connais rien).

Alors, rappelez-vous de cette phrase de mon père, ce saint homme : "quand vous êtes confrontés à un spécialiste et que vous n'y connaissez rien, si vous ne voulez pas vous faire entuber, il faut en savoir au moins autant que lui". Amen. Ne soyez pas victimes ou spectateurs de votre relation avec votre cheval, vivez-la. Que ce soit en éthoprout, en pieds nus, en CSO, en endurance, en saddle fitting, en n'importe quoi : soyez critiques, et posez vous les bonnes questions.

Sinon, à vous les pigeonnages à tire-larigot par Jean-Michel, Jean-Claude et Jean-Cédric!

pigeon

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Commentaires
H
Bonjour,<br /> <br /> <br /> <br /> Je voudrais réagir à deux ou trois choses : <br /> <br /> <br /> <br /> Vous écrivez « Aujourd'hui, quand on arrive au galop 7, si on a suivi religieusement son cursus de club, on ne sait rien. Si, on sait piloter un cheval dressé, voilà. »<br /> <br /> <br /> <br /> Je ne suis pas trop d’accord. J’ai côtoyé un certain nombre de clubs… et j’y ai rarement vu des chevaux « dressés », encore moins d’élèves capables de « piloter un cheval dressé ». <br /> <br /> <br /> <br /> J’y ai vu des gamins cravacher de pôv’trotteux dans l’espoir de les faire quitter leur « trot de maquereau » (tiens, j’ignorais que les maquereaux trottaient, je n’avais même pas remarqué qu’ils avaient des pattes…) pour un galop approximatif. Et pendant ce temps, le moniteur gueulait « Mais motive-le un peu ! » <br /> <br /> <br /> <br /> J’y ai vu des groupies au fait des alliages-dont-on-fait-les-mors changer leur mors, qui allait très bien, pour tel autre, infiniment plus cher, utilisé par tel pro/star dont la monture enchaînait les parcours sans faute. Les groupies en questions ne semblaient même pas se demander un instant si la relation entre l’alliage-dont-on-fait-les-mors et le sans faute du cheval était plus évidente que celle entre le chèque versé par le sponsor à la star et les conseils qu’elle donnait en matière d’ alliage-dont-on-fait-les-mors. Même chose pour les enrênements et autres « ficelles » permettant d’obtenir rapidement de l’animal qu’il donne de force ce qu’on ne savait pas (ou ne voulait pas prendre le temps de) lui demander par le dressage. <br /> <br /> <br /> <br /> Alors, apprendre à positionner une selle ou à la choisir en fonction du dos de son cheval, quel intérêt ? Ce n’est pas de cela que parlent les stars ! Ils vendent du temps de cerveau disponible à tel équipementier du cheval comme TF1 en vend à Coca-Cola….<br /> <br /> <br /> <br /> Or, personne n’est obligé de regarder TF1 ni d’acheter les mêmes marques que les stars. Aujourd’hui, avec les technologies de diffusion de l’information, très peu de gens sont obligés de demeurer ignorants. Globalement, on a la culture qu’on mérite. Et, n’en déplaise à Descartes, le bon sens est tout sauf la chose du monde la mieux partagée. Si on ignore encore que le rollkur torture les chevaux, c’est qu’on veut bien l’ignorer. J’ai tendance qu’il en va de même pour le saddle-fitting… et pour les chaussures. On emporte peut-être des ballerines pour danser à un mariage, mais la plupart des gens choisissent leurs chaussures à l’achat sur des critères qui n’ont pas grand chose à voir avec la morphologie de leurs pieds (marque, couleur à la mode, star portant « les mêmes »…)<br /> <br /> <br /> <br /> J’ai tendance à penser que votre point de départ est faux : la plupart des gens ne sont pas ignorants parce que personne ne leur a jamais appris « ce qui était juste ou pas » mais parce qu’ils n’ont pas voulu l’entendre et qu’ils ont préféré écouter ceux qui leurs vendaient du rêve que ceux qui tentaient de leur apporter un savoir.<br /> <br /> <br /> <br /> A part cela, je suis vos articles avec beaucoup d’intérêt, justement parce que vous ne me donnez pas le sentiment de vouloir « vendre du rêve » et prenez le temps d’expliquer. Mais, malgré votre humour et votre plume alerte, vous ne convaincrez que ceux qui ont déjà fait la moitié du chemin et ne demandent qu’à apprendre.
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V
C'est un vieux post certes mais je viens de le découvrir aujourd'hui (oui, bon,... mieux vaut tard que jamais) et j'adhère complètement. Depuis que nous avons nos loulous je me pose mille questions à l'heure, alors c'est fatiguant parce qu'on cherche encore et encore tout sur tout, on se remet en question, on doute.... Je suis contente d'avoir lu ça, je ne me sens plus seule parce que oui ce qu'il y a aussi c'est qu'on te regarde comme si tu étais une débile à te remettre toujours en question. Ma dernière extravagance a été de demander à Marie Lamore de passer voir nos loulous alors là..... comment dire, je suis irrécupérable.... Tant pis, j'assume. Je les aime mes loulous.
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P
Tout d'abord, un grand merci pour ce site, cela fait du bien de voir quelqu'un d'aussi préoccupé par le bien être des chevaux, et qui surtout se donne les moyen de le faire au mieux.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour ma part, je pense qu'être spécialiste dans le domaine du cheval, surtout lorsque l'on est propriétaire, c'est tout simplement une question de responsabilité. Acheter un cheval, cela veut tout d'abord dire, avoir la vie d'un être vivant sous sa responsabilité. Et malheureusement ce problème ne se pose pas que chez les chevaux... <br /> <br /> Au delà de l'ignorance, il y a également un problème d'esprit critique dans notre société, les gens souvent ne se remettent, ni eux même, ni ce qui leur est inculqué, en question. Et c'est ce manque d'esprit critique qui va mener à cette ignorance.
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V
Bravo pour ce blog, unique et indispensable à tous cavalier propriétaire (et aux autres.<br /> <br /> Personnellement,je suis le mauvais exemple et je connais mes erreurs: propriétaire depuis 10 ans alors que j’avais un niveau équestre très insuffisant et un niveau "homme (ou femme ;-) de cheval" inexistant- j'entends par là connaissance du comportement équin, de ses besoins, du travail du cheval en respectant son bien-être physique et mental... Il m'a fallut 1 ans pour lui apprendre les bases du pansage, 3 ans pour comprendre qu'en balade on devait laisser libre le balancier, 6 ans pour m'intéresser au travail à pied, 8 ans pour changer de selle pour une selle plus adaptée à sa morphologie, 10 ans pour qu'elle m'accorde autant de confiance qu'à l'un de ses congénères (et oui je ne parle pas de reculer à la voix ou de faire la jambette mais de vrai confiance lors de sortie en extérieur ou de moments stressants). Et j'apprends chaque jour un peu plus grâce à des blogs intelligents comme celui-ci.<br /> <br /> Comme tu dis c'est sa propre ignorance qu'il faut combattre en entretenant sa curiosité vers tous ce qui touche au domaine du cheval et en écoutant nos chevaux car il nous dise bien des choses par leur attitude, leur humeur, leur état physique...<br /> <br /> Merci pour ton blog.
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S
Je plussoie : l'ignorance mène aux pires sévices. Certains en ont conscience et se renseignent, cherchent, apprennent...<br /> <br /> D'autres préfèrent rester dans leur ignorance. Et nous n'y pouvons rien car personne ne peut les obliger à s'intéresser aux choses à leur place.<br /> <br /> <br /> <br /> Vous voulez avoir peur ? J'ai moi aussi une anecdote tristement éloquente, qu'une ostéo m'a racontée.<br /> <br /> Elle est appelée pour un cheval qui présente de gros pb locomoteur à la sortie du box, limite ataxique (à tomber quoi). Sa propriétaire est une professionnelle qui tient un centre équestre (quand même, ça fout d'autant plus les boules).<br /> <br /> L'ostéo donne son verdict : le cheval a juste une selle terriblement inadaptée à ses épaules. D'ailleurs quand il sort de son box non sellé, il marche normalement. La proprio refuse de la croire : sa selle va à tous ses chevaux (ben voyons), d'ailleurs, elle lui a coûté une fortune (ce qui prouve bien qu'elle va à tous les chevaux ! CQFD).<br /> <br /> L'ostéo avait sa propre selle dans son coffre (par hasard) et il se trouve que son cheval personnel a une anatomie proche de son patient. Elles font donc l'expérience de le seller avec cette selle qui ne lui comprime pas les épaules...et le cheval sort du box en marchant normalement.<br /> <br /> <br /> <br /> La propriétaire a donc bien du se rendre à l'évidence que sa belle selle était en cause. Devinez ce qu'elle a fait !?<br /> <br /> <br /> <br /> Elle a gardé sa super selle qui lui a coûté une fortune...et vendu le cheval. Au moins ce dernier n'aura plus cette fichue selle sur le dos !<br /> <br /> C'est donc plus la faute du cheval que de la selle : ils zont pas idée aussi, ces bourricots, de ne pas être tous foutus pareil ! Faudrait quand même pas avoir une selle pour chaque, non plus ?
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