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Saddle fitting

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23 novembre 2020

De l'anachronisme dans les films

J'aime bien utiliser des mots compliqués quand je suis agacée. Et là je suis un peu agacée. 

Anachronisme (nom masculin) : Confusion de dates, attribution à une époque de ce qui appartient à une autre.
Bon c'est pas grand chose mais ça m'a gâché mon dimanche soir. Je regardais l'une de mes séries préférées du moment, The Crown, sur Netflix, et dans l'épisode 1 de la saison 4, la Princesse Royale Anne (fille de la Reine) participe au concours complet de Badminton en 1979. Il faut se rappeler qu'Anne a été l'une des meilleures cavalières de complet du Royaume-Uni dans les années 1970-80 aux côtes de son mari le Capitaine Mark Phillips, a participé aux JO de Montréal en 1976, gagné 3 médailles aux Championnats d'Europe, et a été présidente de la FEI de 1986 à 1994. Bref, pas vraiment une touriste - à l'instar de sa royale famille, tous passionnés de chevaux d'une façon ou d'une autre. 

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Bref. Anne monte Goodwill, sa monture olympique, sur l'hippique qui clôt le CCE. Evidemment ce n'est pas l'actrice qui monte le parcours, elle a une doublure. Et sa doublure, pour monter, utilise ... Une CWD 2G avec arçon carbone, un modèle de selle sorti environ 30 ans plus tard. ARGH !!! (cf le passant pour le flot d'étrivières, c'était bien visible sur ma télé!)

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Pour un film dans lequel TOUS les détails au niveau des costumes et décors sont plus que soignés et recherchés, c'est la faute de goût absolue. J'ai conscience que c'est un détail passé inaperçu pour 99% des personnes qui regardent la série, mais voilà, je suis le pourcent qui fait chier. C'est comme les films médiévaux où on voit les chevaliers monter avec des pelhams caoutchouc ou des étriers en plastique, c'est irritant.

Voilà, c'était pas grand chose, mais c'est comme tout : ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant!

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6 mai 2020

L'arçon, c'est quoi?

Mon sujet du jour, ça va être l'arçon, cf le titre. L'arçon, c'est tout et rien à la fois. Tout parce qu'il est le squelette d'une selle, rien parce que désormais on sait s'en passer. Enfin, désormais - ça fait longtemps que les selles sans arçon existent, et elles feront l'objet d'un article à part, puisque j'ai fait pas mal de recherches sur le sujet. Mais pour l'instant, tenons-nous en aux selles avec arçon, et à la pièce maîtresse : l'arçon lui-même. 

L’arçon doit être suffisamment rigide pour assurer la structure de la selle, suffisamment solide pour résister aux nombreux efforts qu’il va devoir supporter, suffisamment souple pour garantir le meilleur confort du cheval et du cavalier et assurer la technicité de la selle. Pour simplifier, il doit être plutôt rigide longitudinalement, et plutôt souple latéralement - rigide pour préserver la colonne vertébrale, souple pour suivre les mouvements des masses musculaires.

Sa forme va grandement déterminer les caractéristiques du futur siège : longueur, largeur, creusement, hauteur du pommeau. Elle va donc varier en fonction des besoins du cavalier, et du type de selle fabriqué. En jouant sur la largeur, la longueur, la forme, le creux, l’arcade de garrot, sans compter les possibilités de modifications ou de fabrications spéciales, il existe donc un très grand nombre d'arçons différents, adaptables à tous les chevaux. Voici 2 exemples générés sur le site de l'Arçonnerie.

Arçon CSO :
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Arçon dressage :

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Il existe deux grandes familles d’arçon : 

1. les arçons en bois, traditionnels, de trois types différents :

•    L’arçon monobloc. C’est la méthode la plus ancienne. On utilisait autrefois du chêne, réputé pour sa solidité. Les pièces de l’arçon (arcades, bandes, troussequin) sont taillées d’un bloc dans le bois, assemblées puis renforcées d’acier. Les arçons monobloc sont très solides et peu coûteux. Ils sont très rigides, ce qui n'est pas adapté aux disciplines sportives requiérant une grande latéroflexion du tronc du cheval, mais très intéressants pour les disciplines qui supposent un dos plus stable. 

•    L’arçon en lamellé-collé. Des lamelles de bois souples et légères (généralement du hêtre) sont assemblées grâce à de la colle à bois spécifique et une très forte pression. On obtient ainsi une structure de lamelles enchevêtrées et superposées, plus souple, plus légère, et très solide. Les zones supportant les plus fortes pressions doivent tout de même être renforcées par des bandes d’acier. C'est l'arçon haut de gamme par excellence. 

•    L’arçon en bois composite est fabriqué de la même manière que l’arçon en lamellé-collé, mais à partir de bois composites. Du Ikéa, quoi. Qu'on retrouve dans les selles entrée de gamme, souvent peu solides, dissymétriques dès la fabrication... rarement une garantie 

2. les arçons en composés synthétiques et autres.

wintec_treeC'est assez vaste comme sujet, mais grosso modo, on recense surtout des arçons en résine (Elastiflex Tree chez Wintec, celui chez Thorowgood), en fibres composites (trouvé chez Prestige), en carbone (la selle 2G de CWD ou la Hermès Talaris) ou encore en alliage de ces différents matériaux comme chez Stübben.

On voit que la recherche high tech est une grande composante des selleries "prestigieuses", tout le temps dans le but de réaliser un arçon qui puisse s'adapter à l'ouverture d'épaules (Prestige avec une matière que l'on chauffe puis déforme à loisir ou presque) ; mais très souvent les détails comme le profil de la colonne, la morphologie du garrot, la différence entre garrot et épaules, la longueur de la cage thoracique... ne sont pas pris en compte. On en est encore à la seule ouverture de l'arcade... C'est déjà bien, mais encore pas assez.

Source: Externe

D'aucuns qui se reconnaîtront disent que c'est surtout en jouant sur les panneaux qu'on ajuste une selle, mais je ne crois pas. Les panneaux sont évidemment importants! Mais l'arçon, étant la structure rigide alors que les panneaux sont souples, est évidemment plus important ; si les panneaux ne vont pas, c'est facile de les changer. Si l'arçon ne va pas, c'est tout la selle qui est à refaire. Même si les panneaux vont bien, si l'arçon est beaucoup trop large, trop étroit, trop creux, trop droit, trop long... Eh bien la selle n'ira pas. On commence par faire un arçon adapté, puis on ajuste les panneaux en fonction. Pas le contraire.

Alors oui, un même arçon pourra aller à deux chevaux aux dos similaires. Dans ce cas, ce seront les panneaux qui joueront sur l'adaptation, un peu plus de rembourrage par ci, une assymétrie à corriger par là.

J'ai sûrement oublié plein de choses, mais là comme ça je sais plus quoi. Je vais faire un tour et j'y reviendrai si d'autres choses me viennent à l'esprit!

Et les selles sans arçon alors? Dans un article à venir! =)

25 avril 2020

Les paramètres d'adaptation statique de la selle au dos du cheval

PHO_7322

Donc, pour mémoire et pour résumer cet article, une selle adaptée au cheval repose de façon homogène sur le haut des côtes par le truchement des muscles dorsaux, en dégageant les omoplates, le processus épineux, et les lombaires. 

D'un sellier à l'autre, pour peu qu'ils se soucient de fitting, on entend parler de vérifications en X étapes. Chez Jochen Schleese, de SaddleFit4Life dont j'ai suivi la formation d'Equine Ergonomist en 2015, on en compte 9. Chez County Saddlery, où je me suis formée en 2018, on en compte 12. Bon, en gros, comme d'hab, c'est pas une histoire de chiffres, c'est une histoire de méthode. Ceux qui savent, savent : je déteste les méthodes. En revanche, procéder avec méthode, c'est capital.

Alors si on veut procéder avec méthode, il faut déjà savoir quels sont les paramètres qui sont réglables sur la selle. Ils sont au nombre de 3 : l'arçon, les matelassures, et le sanglage. Je vous invite à vous reporter aux articles qui traitent de ces points pour entrer dans le détail.

Les étapes de vérification de la selle au cheval nécessitent d'abord d'avoir inspecté le cheval à proprement parler pour bien déterminer la surface d'appui dont les dimensions et la géométrie lui sont propres, et d'avoir écarté tous signaux de gêne ou de douleur préalable. 

Assurez-vous que votre cheval se tient sur un sol plat, sur ses 4 pieds, l'encolure horizontale.

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Posez la selle sur son dos, à sa juste place

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Ici on voit bien que l'arçon de la selle est posé derrière l'omoplate.

Puis procédez de la façon suivante : 

1. lorsque la selle est posée de sorte à bien dégager les omoplates, vous jugerez d'abord la longueur de la selle. Elle ne doit pas dépasser exagérément la dernière côte, afin de ne pas transférer d'appui constant dans la région lombaire. Ce point est délicat à jauger. Pour plus de détails, référez-vous à cet article sur la longueur de la selle.

2. vous jugez ensuite le dégagement du garrot : l'écart entre le garrot et le pommeau doit être de 2 3 doigts pour les garrots normaux ; un garrot large et bas devra être plus dégagé que ça ; un garrot haut, éventuellement moins. Le garrot doit être dégagé tout autour, pas seulement au sommet.

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La chambre de garrot (= la gouttière dans sa partie rostrale) de cette selle
est bien trop étroite pour le garrot de ce cheval

3. passez ensuite la main dans la gouttière, en-dessous du pommeau et en-dessous du troussequin aussi. Elle doit être suffisamment large pour dégager le processus épineux et les para-spinaux, mais pas trop large non plus. Si elle est trop large, quand le cavalier s'assied sur la selle, l'arçon se retrouve trop proche de la colonne vertébrale ! D'ailleurs c'est un peu la mode en ce moment, et franchement c'est pas mieux du tout que quand les matelassures sont trop rapprochées l'une de l'autre...

4. LE truc qui pose problème à la plupart des cavaliers : déterminez si l'angle de l'arcade de garrot de l'arçon correspond effectivement au garrot du cheval. Le plus simple : localisez la pointe de l'arçon sur votre selle, puis passez la main entre le cheval et la selle à cet endroit. Ne vous contentez pas de regarder, l'oeil fausse souvent le jugement, même si les inadaptations importantes se voient aisément. Faites-le des deux côtés.

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Je montre à un groupe de stagiaires où se trouve l'arrière de l'omoplate
pour le mettre ensuite en relation avec la place de la patte de l'arçon
(c)Pauline Barbier - 2015

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Le trait rouge donne la perspective du garrot et le trait vert celui de l'arçon : 
les deux devraient être parallèle. Il y a là un point de compression sous les pointes.

Cette arcade de garrot est trop étroite.

5. sentez le contact de la selle avec le dos. Une fois déterminée la surface d'appui théorique de la selle et la selle posée sur le dos du cheval, passez votre main entre la matelassure et le dos, depuis le pommeau jusqu'au troussequin. Le contact doit être égal du début à la fin de la selle, à droite comme à gauche. Si ça n'est pas le cas, de nombreuses raisons peuvent en être la cause : selle mal positionnée, adéquation de l'arcade de garrot mal jaugée, forme globale de l'arçon inadaptée, forme des matelassures inadaptée, rembourrage et équilibrage des matelassures à revoir...

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6. observez les contre-sanglons : ils doivent être en face du passage de sangle du cheval (l'endroit le plus étroit du thorax, où glissera toujours la sangle), et pendre perpendiculairement au sol pour que la sangle soit positionnée comme il faut, et non pas vers l'avant ou vers l'arrière. Attention : leur inclinaison est dépendante de tout le reste, et notamment...

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7. jaugez enfin l'équilibre global de la selle, même si vous en avez déjà une idée depuis le départ. Une selle peut être très bien réglée pour le cheval, mais cette notion d'équilibre est ce qui fera la différence pour le cavalier au final ; et si l'équilibre de la selle n'est pas bon, l'équilibre du cavalier ne le sera pas non plus. C'est une notion délicate à juger, car elle dépend de beaucoup de paramètres : la conception de la selle par le fabricant, l'équilibre du cheval sur ses pieds, la différence entre son soutien thoracique en statique et en dynamique, les points de traction des contre-sanglons sur l'arçon, la densité des matelassures, la posture du cavalier...

 

C'est pour cela que, si ce point de l'équilibrage est souvent abordé en premier par la plupart des selliers, je ne l'aborde en fait qu'en dernier, car c'est lui qui va réellement faire le lien entre l'analyse statique et l'analyse dynamique. Mais pour savoir l'influer le plus précisément possible, il faut en passer par la checklist que je vous ai indiquée ci-dessus...

Ne vous méprenez cependant pas. Si cette checklist est courte, les connaissances et les compétences qu'elle suppose pour être réellement menée à bien sont nombreuses et complexes. Je vous invite donc dans la mesure du possible à participer à des journées de formation pour savoir l'utiliser, et à la répéter autant de fois que possible afin de pouvoir l'utiliser avec certitude.

Allez, au boulot ;-)

 

25 avril 2020

Anatomie du dos : les bases

La raison pour laquelle les selles sont faites comme elles sont, c'est parce qu'elles tentent de répondre à une contrainte posée par la conformation et l'anatomie du dos du cheval. Depuis les premiers designs de selles il y a plus de 2000 ans jusqu'à aujourd'hui, l'humain a toujours cherché, d'abord de façon empirique puis en s'appuyant sur les connaissances apportées par la science, à préserver le dos de sa monture. C'est ce qu'on appelle une démarche ergonomique ;-)

Et donc, avant de commencer à se poser la question des critères d'une selle adaptée, il faut d'abord se poser la question de "à quoi la selle doit-elle être adaptée?"

Ici on ne parlera pas de question de conformation, parce que la conformation c'est quelque chose de propre à l'organisation extérieure du corps. Là, on va parler des constantes anatomiques, de ce qu'on retrouve chez absolument tous les chevaux, et qui déterminent les éléments nécessaires à la conception de la selle (les questions de conformation, elles, influeront sur le réglage de ces différents éléments, saisissez la nuance?)

Donc ! sous la selle, vous avez des os, des muscles, quelques nerfs et tendons, tout ça quoi. Les éléments de base d'un mammifère. 

 

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Les structures osseuses directement concernées par notre séant sont :
- Les omoplates (ou scapula) posent la limite avant de la selle. Elles font partie des membres antérieurs, desquels nous devons nous écarter si nous voulons préserver au mieux la locomotion de notre cheval. Ben ouais, tu bloques un bout, tu bloques le reste. Cf l'article sur la place de la selle.
- La colonne vertébrale, enfin son segment dorsal ou thoracique (composé de 17 à 18 vertèbres), et plus spécifiquement les apophyses des vertèbres dorsales qui affleurent sous la peau (ce que l'on sent quand on palpe le dos du cheval), aussi appelé processus épineux. Aaaaaah ce fameux processus épineux, zone conflictuelle s'il en est - lire ici et . Et derrière, il y a les vertèbres lombaires, et la selle ne doit pas transférer de pressions sur les lombaires à cause de ses processus transverses, sinon, on bloque les mouvements de l'arrière-main.
- Les côtes. Enfin, la cage thoracique, dans son ensemble, depuis ses insertions sur les corps vertébraux thoraciques jusqu'à son autre point d'insertion : le sternum. A noter qu'il existe des côtes sternales qui s'y rattachent directement par des liaisons osseuses, et des côtes asternales qui ne s'y rattachent que par des liaisons cartilagineuses, mais que le cheval n'a pas de vraies côtes flottantes comme l'humain. 

Un principe de base à retenir : le processus épineux doit être absolument libre de tout contact. Inconditionnellement. Les apophyses sont extrêmement sensibles et fragiles d'une part (ça casse comme de rien), et d'autre part, quand le cheval bouge, elles aussi. Or rappelez-vous : tu bloques un bout = tu bloques tout le reste. Les coincer, c'est empêcher le cheval de se déplacer librement dans un premier temps, et risquer de lui faire mal. 

Ensuite, ce qui tient tout ça : les tendons et les ligaments. Vous faites la diff entre les deux? Les ligaments, ce sont les "cordes" qui relient deux os entre eux et qui déterminent le sens et l'amplitude d'ouverture et de fermeture de l'articulation. Les tendons, eux, ce sont les extrémités fibreuses des muscles qui s'insèrent sur les os et qui, par contraction concentrique ou excentrique des dits muscles, mettent en jeu les articulations. En gros.

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Au niveau du dos, il y a UN ligament qui est particulièrement vital, c'est le ligement supra-épineux, qui comme son nom l'indique passe au-dessus du processus épineux, et qui est le prolongement du ligament nucchal (qui lui est sur les cervicales). Au moindre frottement répété dessus, il peut vite devenir très douloureux (et je vous renvoie à cet article où j'en détaille les pathologies). C'est lui qui ouvre et ferme le processus épineux comme un éventail par le dessus, et qui contribue grandement au Graal de beaucoup de cavaliers : LA MONTEE DU DOS. Il y a aussi les ligaments para-spinaux, qui sont de part et d'autre du processus. Alors soyez sympa, laissez-le faire son travail et dégagez-le bien ;-)

(c) illustration : Pr. Denoix, 2001

C'est pourquoi on bannit les amortisseurs et les tapis sans découpe centrale qui permette de suivre la ligne du dos en étant rentrés de tout leur long dans la gouttière de la selle, et que cette gouttière de la selle doit être d'une largeur et d'une profondeur adaptée au rachis du cheval que vous avez devant vous. On parle classiquement de 3 doigts de large pour un bonhomme, 4 doigts fins de demoiselle, pour jauger correctement d'une largeur de gouttière. Bon, en gros : ça dépend, mais un processus épineux mesure entre 7 et 14cm de large, donc tout ce qui est plus étroit ou plus large c'est niet, et tout ce qu'il y a entre les 2 devra être adapté à la mesure du cheval en présence. Pas compliqué ;-)

Pour aller plus loin : une vidéo en anglais avec une véto qui parle avec un cheval peint et une autre vidéo en anglais d'un véto qui opère les CPE.

Entre deux processus épineux, vous avez aussi des sorties nerveuses (puisque dans la colonne vertébrale du cheval, il y a la moelle épinière) : c'est ce qui fait que quand vous pincez ou appuyez un peu fort sur les côtés du processus épineux, le cheval a un geste réflexe de creuser le dos, sans nécessairement avoir mal. Quand il a mal, ça s'accompagne de signaux de douleur comme la queue qui fouaille, les oreilles qui se couchent, voire des manifestations d'agressivité.
Bien entendu, si vous faites cette palpation, allez-y gentiment : on voit tellement de gros débiles qui rentrent tous ongles en avant en appuyant comme pour se péter un gros point noir enkysté, EVIDEMMENT LE CHEVAL IL VA AVOIR MAL CRETIN! Nan, ça c'est du viol et c'est pas gentil. 

Et puis il y a les muscles. Deux types de muscles : les musclecarrés des lombes), mais aussi les muscles du soutien de l'avant-main (pectoraux, trapèzes, tricepcs, dentelés) et les fléchisseurs du bassin (ilio-psoas en chef de file). s profonds, qui déterminent la posture du cheval (lire ici et ), et les muscles superficiels, qui activent les articulations et permettent les mouvements amples et explosifs. La selle et la sangle concernent les deux groupes de muscles, notamment tous ceux de la "masse commune" (longs et grands dorsaux, spinalis, multifides, carrés des lombes), mais aussi, par extension, les muscles du soutien de l'avant-main (pectoraux, trapèzes, tricepcs, dentelés) et les fléchisseurs du bassin (ilio-psoas en chef de file). 

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Toute pression irrégulière le long de ces muscles engendrera un phénomène de contraction localisée en réponse, et une altération du fonctionnement du muscle dans son ensemble. Ceci impactera les fonctionnements articulaires aux deux extrémités du muscle, et réduira d'autant le mouvement. Les réponses des tissus seront ensuite variées : hyper- ou atrophie, contusions, courbatures, contractures... Et le recrutement plus prononcé de certains groupes musculaires en réponse à la démission d'autres groupes mènera inévitablement à des phénomènes de compensation nuisant à l'harmonie du fonctionnement général du corps, et aboutissant éventuellement à des blessures de type tendinite.

=> La selle doit donc reposer de façon homogène sur le haut des côtes par le truchement des muscles dorsaux, en dégageant les omoplates, le processus épineux, et les lombaires. 

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(c) SaddleFit4Life
La zone d'appui de la selle est indiquée par le rectangle + le quadrilatère bizarre devant.

24 avril 2020

Les guêtres de posture Impromove Balance

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Test et retour d'expérience par Eugénie Cottereau

Or donc, il y a 2 ans, j'ai rencontré un cavalier d'obstacle qui montait très bien, avec une vraie connaissance de la locomotion du cheval et tout - suffisamment pour que quand il me parle des guêtres de posture Impromove, qu'il avait utilisées avec succès, je l'écoute. Les gadgets, c'est mon truc. Pour peu que ça ait un intérêt technique, il faut que je teste. J'avais déjà vu ces guêtres, mais à plus de 300 balles la blague je m'étais pas arrêtée plus longtemps dessus. Mais ce monsieur m'a convaincue d'y rejeter un coup d'oeil. 

En lisant le descriptif, en fouinant sur le Net, les quelques témoignages que j'en ai lus m'ont intéressée par rapport à la problématique de mon welsh cob. En bon poney de traction, il est fort sur les épaules, et en bon welsh, il a un dos qui manque de force. Bref il a un équilibre de merde et pas assez de tonicité pour compenser, ce qui fait qu'au lieu de soutenir son garrot, il passe derrière la main en raccourcissant son encolure et en désengageant ses postérieurs. Pas vraiment les qualités d'un cheval de selle, en somme, et toute l'équitation avec lui est un challenge technique, que tant mon niveau équestre que mon assiduité ne permettent pas de compenser. Donc, je cherche tout ce qui peut être susceptible de nous aider.

Et là, la promesse des guêtres, c'est justement d'aider le cheval à piger comment monter le garrot et à améliorer la synchronisation de ses membres, via la stimulation des châtaignes. Gné? Oui bon c'est pas limpide comme ça, je te l'accorde.

En gros les guêtres ont été mises au point il y a une 20aine d'années par un physiothérapeuthe suisse, qui avait pris conscience que nombre des problèmes rencontrés chez ses patients étaient causés par le fait que le cheval de selle se déplaçait en sous-vitesse et dans un schéma postural qui ne correspondait pas à la façon dont son corps a évolué au fil des siècles (le tout avec le poids d'un cavalier sur le dos, encore moins prévu par Mère Nature...). Et donc, le fait d'appliquer un contact sur la châtaigne (vestige d'un métacarpien, qui élargissait autrefois les appuis au sol) rapporterait de la stabilité aux membres antérieurs, donc d'affermir la propulsion verticale des antérieurs, autorisant corrollairement un meilleur regroupement de tout l'ensemble des muscles pectoraux. Les guêtres agiraient donc un peu comme les petites roues d'un vélo! Le cheval peut ainsi ralentir, équilibrer ses appuis sur ses 4 pieds plutôt que de travailler uniquement sur son diagonal dominant (coucou la dissymétrie) et renforcer sa musculature de gainage (=posturale) plutôt que celle de sa locomotion horizontale (muscles superficiels). Il peut ainsi prendre le temps de comprendre où il pose ses pieds sans pour autant tomber dans le travers de ce que suppose souvent une allure ralentie, à savoir un cheval qui relâche ses muscles et se raccourcit.

Pour bien comprendre ces histoires de propulsion verticale et de développement des muscles thoraciques, je vous invite à relire cette traduction d'un article de la chercheuse Hillary Clayton. Il faut savoir que tous ces problèmes d'équilibre de l'avant-main et de soutien de la cage thoracique chez le cheval représentent environ la moitié des problèmes que l'on retrouve aux réglages et à l'équilibrage de la selle... donc, si on tire des grandes perspectives, ils représentent AU MOINS la moitié des problèmes d'équilibre et de locomotion chez le cheval de selle. Donc au moins la moitié des problèmes d'équitation sont liés au fait qu'on monte un animal dont le corps n'est pas fait pour porter, et qu'il faut "sculpter" en conséquence. On entend pas mal de gens s'insurger de voir des chevaux "body buildés" et tout. Je vous laisse lire la réponse de mon amie Pauline Barbier (Blooming Riders / D'un Cheval l'Autre) à ce sujet, puisqu'elle a déjà tout dit. 

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Bref, pour en revenir à mes moutons, je rencontrais de gros problèmes de gainage avec mon poney, et je peinais à lui faire développer les muscles nécessaires faute de technique et faute de temps.

J'ai donc essayé les guêtres, en suivant attentivement le guide qui est fourni avec. Je trouve ça d'ailleurs très bien, que la peine ait été prise de mettre un mode d'emploi détaillé avec une ligne de conduite, d'abord à pied puis en selle, pour que le cheval puisse intégrer progressivement son nouveau schéma postural et locomoteur dans des exercices du quotidien. Car c'est bien de cela dont il s'agit : en agissant aussi profondément, on reprogramme tout. Les guêtres sont un outil puissant, à mon avis à ne pas mettre dans toutes les mains, et il faut être assez affûté tant sur l'observation de la locomotion tant que sur le travail technique du cheval pour les utiliser correctement. 

Il faut serrer assez fort la lanière du bas pour qu'elles ne tournent ni ne descendent sur le carpe, la lanière du haut est en revanche assez lâche. Il est aussi recommandé d'avoir une paire par cheval, parce qu'à la longue, elles se "forment" à la conformation du membre. Bon, j'avoue, je n'en ai qu'une seule paire pour mes deux chevaux.

Très rapidement, j'ai vu des résultats assez bluffants sur Billy, et quand je le montais alors qu'il était équipé de guêtres, je me sentais "portée" comme rarement. J'ai aussi vu son corps changer, son garrot se dégager, son sternum remonter, son encolure se soutenir et sa gorge de pigeon s'effacer. Le tout combiné avec une augmentation de la régularité des séances, un changement d'enseignement pour quelque chose de plus cohérent biomécaniquement parlant, et in fine avec un changement d'embouchure, mon poney a vraiment évolué et surtout, c'était plus facile et plus durable. 

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Après un an d'utilisation, longe sur un sol en pente : amélioration de la flexion de l'arrière-main, meilleur soutien du dos

Donc j'ai testé sur Bilal, mon autre cheval, qui a une problématique toute autre : c'est un gros introverti et ça se sent dans sa manière de bouger. Il a beaucoup de puissance dans la propulsion de ses postérieurs, et n'est pas très éclaté devant. Donc quand il se met à pousser, les antérieurs ne suivent pas, il se bloque les épaules et il se plante net. En plus, il est dermiteux ++  et de mars à octobre, les tissus de son encolure et de son garrot sont inflammés. La dermite, c'est un problème de peau, qui est en lien avec l'immunité : donc ça impacte directement des méridiens (poumon, intestin grêle, maître coeur) qui passent pile dans la zone thorax / antérieurs... et d'ailleurs à chaque séance de thérapie manuelle, tout est toujours verrouillé dans cette zone. Bref, l'oeuf, la poule, et l'intérêt de la vision holistique pour comprendre tout ça.

Essayer les guêtres pour lui donner une perception différente de ses antérieurs, ça pouvait se révéler intéressant. Et de fait, ça l'a été. Le premier signe que j'ai vu chez lui, ça a été le relâchement des muscles sous l'encolure : pour une fois, ça bougeait au niveau de sa trachée! il a respiré aussi très différemment, plus amplement, comme s'il se détendait. Après quelques temps d'utilisation, j'ai senti sous la selle un cheval plus relâché, plus confiant dans ses appuis. Comme Billy, il a aussi bénéficier d'un super encadrement par ma coach et désormais collaboratrice chez Ergonomie Equestre, Sandrine, et est passé entre les mains expertes de Laetitia Ruzzene. Mais vu d'où on part, ça va prendre du temps...

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Après quelques mois d'utilisation, longe sur un sol en pente : meilleur geste des épaules,
mais l'amplitude de la foulée des antérieurs est encore inférieure à celle des postérieurs

Suite à tout ça, j'ai décidé de me mettre en contact avec Yaël André, la distributrice de ces guêtres. J'ai découvert une personne passionnée et passionnante, fine connaisseuse de son produit et de ses effets puisque utilisatrice depuis plus de 15 ans, et avec succès sur les chevaux qu'elle avait à l'entraînement ou en réhabilitation sportive. Nos échanges m'ont permis d'affiner encore plus ma compréhension de la locomotion et des impacts que peut avoir un matériel ergonomiquement bien conçu, sur les possibilités d'amélioration du potentiel physique des chevaux. Il faut savoir que Yaël a fait tester les guêtres à de nombreux vétérinaires spécialisés dans les pathologies locomotrices, dont le Pr. Denoix du Cirale, mais aussi par plein de cavaliers pros. Et si Michel Robert les utilise depuis très longtemps avec grand bonheur, d'autres comme Marie Demonte (CSO), Mathieu Lemoine (CCE) ou Clémence Jean (dressage) s'y sont aussi mis avec de très bons résultats à la clé. En termes d'amélioration des performances sportives, l'utilité de ces guêtres n'est plus à démontrer.

Mais moi ce qui m'intéresse, c'est de voir les résultats sur des chevaux comme les miens, des chevaux qui ne font pas de haut niveau voire pas de compétition, et qui sont maniés par des personnes moins avancées dans le sport. Parce que clairement, ce sont ces chevaux de loisir qui sont la majorité, qui sont souvent moins bien faits physiquement parce que pas des Ferrari à la base, et moins bien entraînés - donc plus sujets à avoir des problématiques importantes au niveau postural et locomoteur, et à nous poser problème à nous, chez Ergonomie Equestre, quand il s'agit de résoudre des adaptations de matériel un peu épineuses (que ce soit au niveau de l'embouchure ou de la selle, pas de jaloux!) 

 

Alors j'ai commencé à faire essayer à différents cavaliers et différents chevaux, pour obtenir des retours d'autres personnes, certaines pointues sur la locomotion et d'autres moins. Parfois sans résultat. Parfois avec de grandes satisfactions. J'ai ainsi reçu ces commentaires d'un instructeur de complet de ma région, qui les a essayées sur une jument qualifiée de "nulle en locomotion, trébuche tous les trois pas, ne sait pas quoi faire de ses pieds" : "amélioration impressionnante de la qualité de l'allure, meilleure attitude générale" avec une vidéo de la jument montée. Il y a des irrégularités c'est sûr, mais pour un cheval qui ne sait pas quoi faire de ses pieds...  

Yaël a plus récemment mis au point des guêtres postérieures, les Impromove Control, que contrairement aux Impromove Balance, Ergonomie Equestre ne distribue pas. J'ai commencé à les tester sur mes chevaux, mais n'ai pas encore suffisamment de recul pour en parler avec autant de précision. Comme elles aident les postérieurs à fonctionner à la même vitesse et avec la même amplitude, elles participent à la rectitude de propulsion et alignent les posers postérieurs sur les antérieurs. Les diagonaux sont symétrisés, la foulée générale devient plus ample...Elles ne sont à utiliser que sur un cheval qui est déjà bien familiarisé avec les guêtres antérieurs, et qui a déjà une idée de comment répartir son poids sur ses "4 plots" comme dit Yaël, parce qu'elles ont tendance à amplifier la propulsion postérieure. Si le cheval a déjà du mal à récupérer sa propulsion postérieure avec ses antérieurs en temps normal (comme c'est le cas pour Bilal, et pour beaucoup de chevaux de sport et de course - les trotteurs sont souvent presque caricaturaux), il ne faut donc surtout pas amplifier la foulée générale sans avoir équilibré l'avant-main au préalable...
Affaire à suivre !
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20 avril 2020

Cheval en croissance et choix de la selle

Voilà une question qui revient souvent : j'ai un jeune cheval, comment l'habiller ?

Un cheval en croissance, c'est vilain, ça passe par tous les stades : garrot inexistant qui pousse d'un coup, dos creux qui se tend, dos étroit qui s'élargit, cul plus haut que le garrot puis garrot plus haut que le cul... Donc : le choix de la selle est un choix compliqué. Que faire? Comment faire?

Commençons par faire le point sur la croissance du jeune, grâce à l'article The Ranger Piece du Dr Deb Bennett. Un cheval est jeune jusqu'à 7, parfois 8 ans : c'est-à-dire que morphologiquement, il n'est pas "fini" avant cet âge-là. Plus il est grand, plus il mettra de temps à se terminer. Plus il est massif, idem. A noter aussi que comme chez les humains, les individus de sexe masculin sont plus tardifs que les individus de sexe féminin.

***

Contrairement à une idée reçue, toutes les races de chevaux se développent à la même vitesse du point de vue du squelette. Aucun cheval sur la terre, de n’importe quelle race, à n’importe quelle époque n’a jamais atteint sa maturité osseuse avant l’âge de six ans (plus ou moins 6 mois).

A peu près tout le monde a entendu parler du cartilage de croissance, ce cartilage situé à l'extrêmité des os, et qui durcit avec l'âge? Hé bien, tant qu'ils ne sont pas tous durcis, l'animal quel qu'il soit n'est pas adulte. Chez le cheval, on a un calendrier qui part du sabot et se finit par le haut de la colonne vertébrale plus l'âge avance, ce qui donne à peu près ça :

Le premier cartilage à s’ossifier, à la naissance, est la troisième phalange (os du pied). Dans l’ordre croissant viennent ensuite :

• Deuxième phalange – haut et bas – entre la naissance et 6 mois.

• Première phalange – haut et bas – entre 6 mois et 1 ans.

• Canon – haut et bas – entre 8 mois et 1.5 ans.

• Petits os du genou –entre 1.5 an et 2.5 ans.

• Bas du radius-ulna –entre 2 ans et 2.5 ans.

• Portion porteuse du glenoïde en haut du radius entre 2.5 ans et 3 ans.

• Humérus – haut et bas – entre 3ans et 3.5 ans.

• Omoplate – portion porteuse (bas) – entre 3.5 ans et 4 ans

• Postérieurs – bas identique aux antérieurs ci-dessus.

• Jarret – cette articulation est « tardive » vu sa place assez « basse ». Les cartilages de croissance entre le tibia et le tarse ne fusionnent (s’ossifient) pas avant que le cheval n’ait quatre ans (raison pour laquelle les jarrets sont connus comme étant un « point faible » et est même documenté dans la littérature du 18ème siècle). La Guérinière conseillait d'attendre les 8 ans du cheval avant tout travail sérieux...

• Tibia – haut et bas, entre 3 ans et 3.5 ans

• Fémur – haut et bas, entre 3 ans et 3.5 ans

• Encolure – entre 2.5 ans et 3 ans

• Bassin – les cartilages de croissance des pointes de la hanche, dessus de la croupe et pointe de la fesse (tuber ischii) –entre 3 et 4 ans

La colonne vertébrale est la dernière à s'ossifier. Un cheval a normalement 32 vertèbres entre l’arrière de son crâne et la naissance de la queue, et il y a plusieurs cartilages de croissance sur chacune d’entre elles. Les vertèbres ne terminent pas leur ossification avant que le cheval ait atteint au moins 5 ans et demi (et ceci concerne un petit cheval massif, plus le cou du cheval est long, plus tard les fusions se produiront… et pour un mâle, vous ajoutez systématiquement six mois. Donc pour un cheval d’1m70 de type demi-sang, cette maturité peut n'être complète qu’à 8 ans). Les dernières vertèbres à fusionner complètement sont celles à la base de l’encolure (raison pour laquelle les chevaux ayant un cou plus long peuvent atteindre leur maturité après 6 ans – c’est la base qui grandit encore).

Donc vous devez être prudents – très prudents – de ne jamais forcer l’encolure d’un jeune cheval.

croissance

Est-ce que cela veut dire que vous devez attendre que tous ces cartilages de croissance se soient ossifiés avant de monter votre jeune cheval ? Non, mais plus vous attendez, le moins de risques vous prenez. [NDT : pour autant, il faut qu'un jeune cheval destiné à la selle soit entraîné suffisamment tôt, pour habituer son corps et ses muscles à l'effort qu'on lui demandera pendant sa vie au travail. Le tout est de faire les choses avec raison, de monter sur des séances courtes, et d'arrêter le cheval régulièrement - dès qu'on sent que ça lui coûte en fait.] Les propriétaires et professionnels doivent réaliser qu’il existe un « agenda » d’ossification défini et facile à retenir et ensuite prendre leur décision sur quand monter leur cheval sur la base de cette connaissance plutôt que sur base de l’apparence extérieure du cheval.

On remarquera aussi que l'année de leurs 5 ans, les chevaux font ce que l'on l'appelle la "crise d'adolescence" : le cheval devient alors désagréable et conteste l'autorité. Il est possible que cela ne soit que lié à la mise en place de son statut d'adulte dans sa tête, mais il est fréquent que cela vienne aussi (plutôt ?) de douleurs liées à la croissance : les chevaux font souvent une dernière et forte poussée de croissance au printemps de leurs 4 ans (ils n'ont, bien souvent, que 3,5 ans en fait), qui peut être fatigante et douloureuse. On peut aussi penser qu'un "ras-le-bol" s'installe quand ces chevaux ont été trop travaillés trop jeunes.

Du point de vue mental, on considèrera que le cheval n'est pleinement adulte que vers 7/ 8 ans. C'est entre 4 et 8 ans que le caractère du cheval "se fait". Cela ne veut pas dire que ce qui se passe avant est sans importance, certainement pas ! Il est simplement plus malléable.

***
Je rajouterais une chose à ça : attention aux dents. La table dentaire est supposée se terminer vers 6 ans, avec la sortie des crochets (canines) chez les mâles. A 7 ans, mon cheval supposément entré dans l'âge de raison n'avait encore que 2 crochets sur 4...
Maintenant que ces bases sont établies, quid des selles? Voilà quelques questions qui reviennent souvent...
L'avis d'un saddle fitter est-il utile avant l'âge adulte, ou est-ce qu'on fait ce qu'on peut, comme on peut?
 
Réponse nette et sans appel : oui. Un saddle fitter (ou d'un conseiller en équipements, ou d'un ergonome équin, peu importe comment on l'appelle) va donner des clés au propriétaire pour comprendre comment est bâti son cheval à l'instant T, et l'aider à appréhender les différentes étapes de sa croissance. 

La jeunesse du cheval de selle accompli est un moment crucial. Le travail sous la selle du jeune détermine ce qu'il sera à l'âge adulte. Et si par une selle inadaptée on lui apprend qu'être monté, c'est pas cool, on compromet son avenir. Un peu comme un enfant qui passerait une sale scolarité dès la maternelle parce que bastonné par ses camarades, et qui dès lors entrerait en échec scolaire... ça veut pas dire qu'il est bête, inapte intellectuellement et socialement, ça veut juste dire que les conditions d'apprentissage auront été mauvaises, pas par l'apprentissage lui-même mais par l'environnement.
Une selle adaptée permettra au jeune cheval de trouver plus facilement la bonne posture pour apprendre à porter son cavalier et à se mouvoir avec lui sur le dos, avec bonne volonté. J'ai des dizaines d'anecdotes de terrain à raconter à ce sujet, notamment une jument qui à 7 ans était dangereusement rétive à la selle mais acceptait d'être montée à cru... Elle avait bien identifié la selle, et seulement la selle, comme source de ses malheurs! son problème était simplement sa morphologie hors normes qui lui interdisait toute selle standard...
Est-ce que je dois nécessairement commencer mon jeune cheval avec une selle synthétique à arcades interchangeables?
Pas nécessairement, non.
Une mixte synthétique présente beaucoup d'intérêt, parce qu'elle permet de faire un peu de tout et ne craint pas grand chose. Les arcades interchangeables sont éminemment pratiques, c'est certain.
Mais cela dépend de plusieurs facteurs : 
- la faculté du cheval à être sellé avec des selles standardisées - même si elles sont parfois morphotypales comme les Thorowgood ("cob" ou "haut garrrot"), les selles synthétiques répondent à UN critère de conception et ne correspondent pas toujours au cheval que l'on a en face de soi. Certains chevaux ne rentrent tout simplement pas dans le principe de conception de la selle, même si elles sont évolutives.
- le cavalier, pour x ou y raison. 
- l'évolution prévisible du cheval, par sa croissance stricto sensu mais aussi par le travail que l'on prévoit de mettre dessus. Certains chevaux vont changer drastiquement, d'autres finalement assez peu. Il faut garder en mémoire que la croissance est une chose, mais que l'influence humaine et équestre sur la morphologie est au moins aussi importante.
En réalité, plus on "vise juste" dans le choix de la selle et ce, dès le début du travail, plus ce sera facile de suivre la croissance du cheval avec sa selle. Cela implique bien sûr un travail régulier de suivi de l'adaptation par un professionnel compétent. 
De ce fait, la selle synthétique n'est pas un passage obligé. On peut partir assez facilement sur une selle haut de gamme, pourvu qu'elle soit bien choisie dès le début et susceptible d'être modifiée tant au niveau de l'arçon qu'à celui des matelassures pour s'adapter aux évolutions morphologiques du cheval. En complément, des pads de correction peuvent être utilisés pour rétablir l'équilibre lors de "passages critiques".
Est-ce que je suis obligé d'attendre que mon cheval ait terminé sa croissance pour lui faire faire une selle sur mesures?
Non, si la selle est évolutive, comme dit plus haut.
En revanche, si la selle n'est pas évolutive, alors on prend moins de risques en attendant, c'est sûr. M'enfin, ça dépend de ce qu'on entend par "selle sur mesures". N'oubliez pas que tant que le sellier n'a pas pris de mesures sur votre cheval avec des instruments et n'a pas utilisé ces mesures pour fabriquer la selle, vous n'avez pas une selle sur mesures... Non le choix d'un liseré vernis n'est pas un gage de "sur mesure"! 
Mais dans la suite de sa vie, le cheval sera amené à changer également : blessure et convalescence, musculature changeante en fonction de l'activité saisonnière, changement de discipline donc adaptation de la morphologie, changement de cavalier ou de méthode de travail, nouveau mode de vie, déferrage ou referrage, poulinage, vieillissement... autant de facteurs susceptibles de modifier l'apparence du cheval et donc, l'adaptation de sa selle. 
Dire que lorsque le cheval est adulte du point de vue de sa croissance, il ne changera plus, c'est aussi erronné que de dire qu'un humain, passé la vingtaine d'années, ne changera plus. Il ne grandira plus certes, et ira même jusqu'à se tasser, mais son corps changera au gré des événements de sa vie... et les fringues portées à 20 ans, entrée dans l'âge adulte physique, ne lui iront plus à 30, 40, 50... ans.
En conclusion : le suivi de l'ergonomie doit être un souci constant, quel que soit l'âge du cheval. Il est à mon sens encore plus important chez le jeune cheval que n'importe quel autre, au titre de la prévention des risques futurs. 
2 avril 2019

De l'importance des muscles pectoraux et thoraciques chez le cheval

Ceci est la traduction d'un article de vulgarisation paru dans la revue Dressage Headlines, qui résume le travail et les découvertes d'une chercheuse qui est, aux yeux de beaucoup, LA pionnière et référence dans la compréhension des mécanismes physiques en jeu chez le cheval de selle et de sport, Hillary Clayton. 

Dix-sept ans de collecte de données sur l'analyse des allures des chevaux de dressage au laboratoire équin du McPhail Center (Michigan State University) ont conduit Hillary Clayton, docteur vétérinaire spécialisée en recherche biomécanique, à orienter ses études sur le corps du cheval dans le rassembler. Elle a établi quel poids le cheval exerce sur chacun de ses membres, quelle force propulsive chacun de ces membre possède, l'importance du poitrail et du thorax, et à quel point il était crucial que le cavalier comprenne le rôle et le fonctionnement des chaînes musculaires afin de pouvoir guider son cheval vers l'équilibre. 

Chez l'humain, les épaules sont rattachées au tronc par les clavicules ; pas chez le cheval. Sanc clavicules, le cheval n'a pas de connexion squelettique entre son thorax et ses membres antérieurs. Il a, à la place, un puissant système musculaire qui relie l'intérieur de ses omoplates à sa cage thoracique ; ce système agit comme un hamac, qui suspend les côtes entre les deux antérieurs du cheval. Ce groupe musculaire est constitué principalement de la partie thoracique du dentelé ventral et des divers muscles pectoraux. La contraction de ces muscles complémentaires soutient le thorax et le garrot entre les omoplates du cheval, élevant le garrot au moins aussi haut que la pointe de la croupe - sinon plus. Si un cheval se déplace sans gainer ce système musculaire, il semble fait en descendant ou "sur les épaules". 

Lors des études qu'elle a menées, H. Clayton a demandé à ce que les chevaux soient montés dans une attitude de travail, dans une attitude rassemblée, puis dans une attitude libre où ils ne soutenaient pas leur thorax ; l'objectif était de quantifier le travail propulsif de chacun des membres selon l'attitude du cheval. Des marqueurs ont été placés sur le thorax, l'encolure et la croupe, ainsi que sur chacun des membres, à l'occasion de nombreuses sessions de collectes de données sur la propulsion et la capacité du cheval à se rassembler. Un cheval moyen porte 58% de son poids sur ses membres antérieurs et 42% sur ses postérieurs. Elle a ainsi mis en évidence le fait qu'un cheval doit apprendre à se déplacer dans un équilibre "montant" en s'élevant vers le haut et vers l'avant avec ses antérieurs. Les postérieurs peuvent ainsi fonctionner en se fléchissant pour mieux prendre en charge la masse du cheval, étant ainsi sollicités en tant que propulseurs. En clair, le thorax, masse imposante s'il en est, doit être soulevé par les antérieurs pour permettre aux postérieurs de pousser.  

Le lien entre les muscles thoraciques et le self carriage

[les anglophones ont cette expression de "self carriage" qui désigne la façon qu'a un cheval de se porter en équilibre de lui-même, je vais la conserver pour la suite de la traduction]

Les muscles thoraciques jouent un rôle déterminant dans le self carriage recherché chez tout cheval de dressage (et par extension, de selle). Le but de l'entraînement en dressage est d'apprendre au cheval à utiliser ce groupe de muscles à travers l'exercice quotidien. Avec le temps, ces muscles se renforcent et l'élévation continue du thorax autorise le cheval à maintenir et même augmenter l'engagement de ses postérieurs sous son centre de gravité lorsqu'il se déplace, améliorant en même temps son équilibre longitudinal.

Le renforcement musculaire et le gainage des muscles thoraciques est d'autant plus amélioré grâce au travail lorsque le cavalier est capable d'équilibrer les épaules d'un côté sur l'autre, mais également à travers la pratique des demi-arrêts. Cette élévation du cadre, pour peu qu'elle soit correctement réalisée par le cavalier, permettent aux muscles de devenir plus forts et élastiques et facilitent le travail de self carriage.

Les cavaliers tendent à penser que la dissymétrie du cheval trouve plutôt son origine au niveau du dos et des postérieurs du cheval. Cependant, ces fameux muscles "dentelés du thorax ventral" ainsi que les omoplates du cheval jouent un rôle important dans l'équation de la dissymétrie. Dans la mesure où un cheval est nécessairement plus fort d'un côté que de l'autre, ce groupe de muscles renforce la tendance du cheval à tomber à l'intérieur d'un côté, dériver sur l'extérieur de l'autre côté - selon que le cheval est plus musclé à droite ou à gauche. 

“Ces muscles,” explique Clayton, “relient la partie ventrale de l'omoplate aux côtes et aux vertèbres qui sont à la base de l'encolure. Quand ils sont engagés, le garrot se soutient, dépassant plus haut entre les deux omoplates, et soulève dans le même temps la base de l'encolure. Chez un jeune cheval, ce groupe de muscles n'ont souvent pas la même force entre la droite et la gauche, et cela joue un rôle important dans la dissymétrie générale de l'animal. Les cavaliers doivent, de ce fait, développer une pédagogie adaptée pour que le cheval apprenne à utiliser et renforcer les muscles de son côté le moins développé, afin d'améliorer la rectitude qui sera une base déterminante de l'équilibre et du self carriage. Avec le temps, le cheval commencera à comprendre comment s'équilibrer dans une attitude montante sans tomber sur son épaule interne ou s'échapper par l'épaule externe quand il tourne."

Elle a aussi mis en évidence le fait que les pectoraux d'un cheval se développent en volume et en puissance si le thorax est soutenu quand le cheval est travaillé sur des petits cercles, du travail d'incurvation ou de déplacements latéraux. Ces muscles sont nécessaires au maintien de l'aplomb vertical des membres antérieurs, tant dans leur appui au sol que pour augmenter le croisement des postérieurs extérieurs lors des mouvements latéraux. 

Les épaules et le thorax d'un cheval pèsent lourd : en conséquence, dans l'entraînement quotidien du cheval et dans sa progression vers le rassembler, un cavalier doit apprendre à correctement équilibrer le poitrail et le thorax du cheval afin que les postérieurs puissent s'engager sous la masse pour procurer à la fois du soutien et de la propulsion. Clayton souligne ainsi que "c'est un équilibrage précis du tronc qui permet à la poussée postérieure de traverser tout le corps du cheval sans le déséquilibrer fortement vers son avant-main".

 

La posture du cheval ET du cavalier

Il y a un lien de cause à effet très clair entre la posture du cavalier et la posture du cheval monté, quand ils s'entraînent ensemble. Si le cavalier n'engage pas son "core"[à savoir l'ensemble des muscles profonds comme superficiels reliant le rachis au bassin, tant sur le plan ventral que dorsal - c'est également l'endroit où sont localisés à la fois le centre de gravité ET le centre énergétique], alors les muscles correspondant chez le cheval ne seront pas engagés non plus. Même si le cheval a l'avantage de répartir son poids sur 4 jambes et est donc plus stable, un cavalier doit apprendre à stabiliser sa posture et à gérer son équilibre par lui-même s'il veut que son cheval puisse engager son propre "core" et en utiliser la puissance pour stabiliser son attitude générale.   

Un cheval peut parvenir au self carriage par le contrôle de la tension ou du relâchement alternatifs de tous ses groupes musculaires. Il y a un autre "hamac musculaire" profond qui lui permet de maintenir la flexion de son rachis au niveau du dos et des abdominaux [commentaire : la flexion du rachis, c'est un cheval qui biomécaniquement monte le dos et tend sa ligne du dessus]. Les muscles abdominaux entourent l'abdomen, reliant le bassin à la cage thoracique et au sternum. Le gainage de ces muscles, conjointement aux muscles dorsaux, permet au cheval de relâcher et d'amplifier le mouvement des muscles qui contrôlent ses membres pour augmenter sa propulsion et supporter correctement son propre poids. 

Une puissance propulsive équilibrée

La plupart des cavaliers pensent que seuls les postérieurs sont responsables de la propulsion et de la poussée. En fait, plus précisément, la poussée des postérieurs vers l'avant doit être suppléée par la poussée verticale des antérieurs. Donc la poussée des postérieurs doit être constamment contre-balancée par l'élévation du tronc et de l'avant-main, afin que le cheval puisse performer dans un équilibre sur les hanches et en contrôlant en permanence sa puissance. 

A propos d'Hilary Clayton

“J'ai grandi en Angleterre, où je montais à cheval dans des poneys-clubs et en suivant des chasses à courre dans le Derbyshire, un comté au centre du pays. Je suis devenue vétérinaire, et j'ai toujours rêvé d'étudier le mouvement du cheval, mais les technologies nécessaires n'existaient pas quand j'ai obtenu mon diplôme. J'ai donc passé 40 ans à développer les études en biomécanique équine, et je suis convaincue que la compréhension du rôle et des actions des groupes musculaires thoraciques chez le cheval, ainsi que de ses antérieurs, est la clé de la bonne compréhension du self carriage chez le cheval de dressage."

Clayton précise que sa rencontre avec Mary Anne McPhail a été déterminante, car elle lui a permis d'accéder aux structures et à l'équipement nécessaire à la bonne conduite de ses recherches “Grâce à Mary Anne, j'ai pu faire d'énormes progrès dans la compréhension de la biomécanique du cheval de dressage et des interactions entre le cavalier et le cheval à la Michigan State University. Je lui dois tellement!" 

En poste pendant presque 17 ans à la Mary Anne McPhail Dressage Chair in Equine Sports Medicine at the Michigan State University College of Veterinary Medicine, Clayton s'est depuis retirée de son poste. Elle est toujours active dans le domaine de la recherche, et parcourt le monde de conférence en conférence pour faire part de ses découvertes. Elle est basée dans le Michigan aux beaux jours, et suit le soleil vers le sud en hiver, à Wellington, Florida. Elle travaille actuellement à adapter les résultats de ses recherches à l'ergonomie du matériel d'équitation, et plus spécifiquement pour les chevaux de dressage ; et également à mettre en application les résultats de ses recherches d'un point de vue équestre.

"J'adore être en recherche, et je travaille actuellement sur plusieurs projet de front pour trouver des applications practiques destinées aux chevaux et aux cavaliers de dressage. C'est ce qui me garde engagée et volontaire!"

***

J'ai déjà traité du sujet du thorax et de ses muscles sur mon blog, moins en détails mais plus relié à la question de la selle : vous trouverez l'article ici, qui met en corrélation la conception de la selle avec ces nécessités anatomiques et biomécaniques. Vous pouvez également lire un article sur le fait qu'un cheval qui n'engage pas correctement ses différents groupes musculaires peut se créer des problèmes de harnachement .

Vous pourrez également lire un article sur la question du sanglage en lien avec les pectoraux ici, un article qui retranscrit les recherches de Russel Guire de Centaur Biomechanics , et l'article général sur la question de la sangle en suivant ce lien.

Les publications et la réflexion générale d'Hillary Clayton ont été pour moi une vraie révélation lorsque j'ai commencé à les découvrir il y a plusieurs années : il n'était que temps que je lui rende justice par cet article. Pour moi, elle est celle qui met le mieux en lien les connaissances fondamentales et leurs applications pratiques dans le domaine de l'équitation sportive. Une vraie pionnière!

20 février 2019

Les matériaux en sellerie équestre, ou l'instant Brico-Dépôt

Une discussion avec des cavaliers l'autre jour m'a amené une réflexion sur le choix et l'emploi de matériaux dits "high-tech" dans la conception des selles. Le sujet de départ était "notre sellier nous a vendu la mousse qu'il utilise comme étant la plus géniale du monde, il nous a fait une démonstration avec une boule de bowling, c'est vrai que ça absorbe les chocs de ouf, la boule rebondit pas du tout ; mais en montant à cheval avec des selles équipées de matelassures en mousse comme ça, j'ai vraiment l'impression de ne pas sentir mon cheval sous moi et de trop m'enfoncer dedans. Vous en pensez quoi?"
Oups, la question à $100.000!
Autant je trouve la transdisciplinarité capitale dans la démarche d'amélioration continue ; autant je pense qu'en recherchant l'innovation à tout prix, on commet de grosses erreurs. 
Kiss_-_Keep_it_simple_stupidLa raison en est toute simple : en cherchant à faire "plus", à faire "mieux", à faire "nouveau", on oublie les fondamentaux.
Un exemple très simple : dans tous les stages auxquels j'ai pu assister avec des "grands" cavaliers, à chaque fois qu'il y a un problème sur un mouvement avancé, le "grand" ramène aux bases du dressage du cheval, et c'est ainsi que certaines personnes venues travailler les lignes de changements de pied se retrouvent à passer 30 minutes sur la décontraction et le contact du cheval au pas sur des grandes trajectoires, et d'un coup bim, les changements de pieds passent tous seuls sans avoir été travaillés 1000 fois de suite.
S'il y a un bug dans un truc élaboré, c'est qu'une base est foirée. En un mot comme en cent, je crois fermement que la base de toute conception se doit d'être le célèbre principe KISS : "keep it simple, stupid!" ; ou, pour reprendre la définition de Wikipédia, "L'idée est de ne pas optimiser quoi que ce soit avant de maîtriser totalement une version simple de ce que l'on crée." Et Dieu sait que le simple est compliqué!!!
Ainsi, avant de vouloir fabriquer une selle qui compte les foulées à votre place, envoie votre cheval sur la Lune ou fait du meilleur café que Grand-Mère, encore faudrait-il se rappeler pourquoi on fabrique la dite selle. En gros, quelle est la fonctionnalité réelle de l'objet, à quel cahier des charges il doit répondre précisément, et comment parvenir à ce résultat.

Bon, je vais pas réécrire mon blog, je me bornerai donc à simplifier ce qu'on attend d'une selle ainsi : elle doit répartir le poids du cavalier sur une zone déterminée par la conformation du dos du cheval, et permettre au cavalier de conserver un équilibre bipède sur le corps quadrupède d'un animal se mouvant à trois allures différentes ponctuées potentiellement de gestes aléatoires. Elle doit donc répondre, par le choix de sa forme et de ses matériaux, à un paradoxe qui est d'être mobile pour accompagner les mouvements de l'animal et fixe pour stabiliser l'humain, tout en permettant un contact sensoriel extrêmement proche entre les deux individus. Un bon gros challenge de conception, en somme.

Spanische-Hofreitschule_Herber-Graf-1La sellerie est une activité traditionnelle, pratiquée depuis des millénaires (oui oui), et les contraintes ergonomiques n'ont que peu évolué. Ce qui a changé, ce sont les usages, depuis l'apparition de l'équitation de loisir et de sport qui supplante l'équitation de guerre ou de travail (enfin, cette dernière existe encore, et possède sa propre sellerie : c'est ainsi que les selles portugaises, par exemple, sont très très proches des selles à piquer du XVIe siècle). A l'instar de sa discipline-mère, l'équitation, la sellerie équestre actuelle est donc l'héritage d'une longue tradition et de transmissions séculaires. Ce sont à la fois autant de richesses à préserver que de vieilles chouettes à dépoussiérer, d'acquis de bon sens empirique que de préjugés sclérosants et sclérosés.

Le défi qui se pose donc au sellier d'aujourd'hui est donc de conserver les bons acquis et de se débarrasser des pratiques datées.

La tentation est grande de vouloir s'inspirer des matériaux utilisés dans d'autres domaines de la conception. Ainsi, il n'est pas rare de faire appel à l'argument que ce matériau X est employé avec succès dans les technologies aérospatiales ; mais à bien y réfléchir, cela ne me semble pas particulièrement juste ni adapté. Les forces, pressions et torsions qui s'appliquent aux corps sont bien moindres dans la pratique équestre, mais aussi beaucoup plus changeantes et dynamiques dans un laps de temps donné - je remercie d'ailleurs ma collègue bit-fitter Laetitia Ruzzene pour tous ses éclaircissements sur le sujet, elle qui dans sa précédente vie professionnelle a étudié l'ergonomie pour fabriquer, entre autres, des sièges de navettes spatiales. Et puis les matériaux dits de haute technologie posent un problème fondamental, notamment pour le carbone et ses composés : leur mise au point est très polluante, et on ne sait aujourd'hui pas comment les recycler...

De même, l'emploi de certains matériaux à hautes propriétés dynamiques produisent parfois des effets contraires à ceux que l'on voudrait rechercher : les fabricants de raquettes de tennis, par exemple, ont bien compris l'importance de réduire les vibrations pour diminuer les effets néfastes sur les articulations du corps humain... Mais ils ont bien compris que le seul choix du matériau n'était pas suffisant : "comme une corde de guitare, le cordage entre en vibration après avoir frappé la balle, ce qui engendre alors des ventres et des nœuds. Il faut faire coïncider le centre de percussion avec un nœud de vibration, sinon le joueur soumis à la vibration de la raquette risque le fameux « tennis elbow ». La position du centre de gravité, le poids, avec le meilleur compromis poids et rigidité de la raquette, la distribution des masses adaptée soit à la puissance soit à la précision sont les multiples paramètres à prendre en compte." (source) On se rend bien compte que le choix du matériau dans l'adaptation d'un outil technique est donc soumis avant toute chose à une analyse minutieuse de la façon dont le sportif utilise l'objet : dans le cas du tennisman, sont pris en compte la conformation du joueur, mais aussi l'angle de la frappe de balle, la puissance et la vitesse du mouvement, les effets de rotation plus ou moins prononcés selon le style de jeu. Et en fonction de ces différents paramètres, on privilégie tel ou tel matériau.

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Et puis parfois, le plus simple et le plus traditionnel reste inégalé dans ses performances : les fabricants de ski s'accordent à dire que pour le coeur de la planche, le bois lamellé-collé donne les meilleurs résultats (ce même procédé qu'on utilise traditionnellement dans la fabrication d'arçons pour les selles) - d'ailleurs après avoir testé plusieurs autres matériaux plus high-tech, les fabricants semblent y revenir de façon assez unanime sans que j'ai pu réellement trouver d'explication. La comparaison entre l'arçon de la selle et le ski est je crois assez pertinent, dans la façon dont l'outil reçoit et distribue les pressions - peut-être un élément de réponse à creuser sur la raison pour laquelle les arçons bois subsistent encore et toujours, de même que les coeurs en lamellé-collé des skis.

Je crois aussi qu'il y a une grande part de ressenti à prendre en compte chez le sportif. Ce sont les matériaux et leurs dynamiques propres qui transmettent des informations sensitives cruciales, et qui vont au-delà de la simple observation, mesure ou quantification que peuvent faire les ergonomes du sport (rappel ONISEP : " [les ergonomes du sport] s’attachent à améliorer les équipements, notamment pour éviter ou réduire certaines pathologies, mais aussi améliorer la pratique. Contrairement aux ingénieurs qui travaillent rarement au contact des sportifs, les ergonomes partent de la manière dont le sportif (amateur ou professionnel) utilise son matériel pour comprendre comment ils peuvent l’améliorer.")

D'ailleurs, je pense qu'à lire cet extrait cité ci-dessus, vous aurez compris ce qu'est réellement le travail d'un saddle fitter / sellier : il observe le corps du cheval et du cavalier pour optimiser leur matériel ou les guider dans leurs choix, ni plus ni moins. Et le choix des matériaux ne sont qu'une toute petite composante du travail d'analyse des besoins ergonomiques du couple cheval / cavalier : il y a déjà tout le travail d'adéquation des formes à prendre en considération en premier lieu, c'est-à-dire ni plus ni moins que la prise de mesures et la recherche de modèles adaptés aux deux corps du cheval et du cavalier (sans même parler de confection d'une selle sur mesure).

Tout ça pour répondre à la question initiale : je pense que le choix des matériaux est important, mais qu'il convient déjà de savoir si leurs propriétés sont adaptées à la pratique visée. Comparer la façon dont se comporte une balle de bowling qui tombe sur de la mousse posée sur le sol aux impacts répétés du corps du cavalier sur le dos d'un cheval via un arçon garni de la dite mousse n'est pas pertinent, les forces ne s'exercent absolument pas de la même façon et les composantes dynamiques ne comportent pas du tout les mêmes paramètres. Et espérer qu'un matériau miracle remplace tout le travail d'analyse, de choix des dimensions et formes de l'objet et d'adaptation aux mesures non pas d'un, mais de deux individus - et d'espèces différentes qui plus est! - est purement utopique. Donc, ce qui prime avant tout, c'est la compétence de la personne qui équipe la couple cheval / cavalier ; parce qu'on peut avoir le meilleur design du monde et les meilleurs matériaux, si c'est utilisé à mauvais escient, le résultat sera juste moisi!

24 janvier 2019

"Et toi, tu couvres ou pas?" - guide stratégique du cavalier hivernal

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To couvre or not to couvre, that is the question qui anime bon nombre de discussions d'écuries, généralement à partir de fin octobre - début novembre (en août pour les Belges, poke les copains ;-)). Et puis couvrir comment d'ailleurs? trop chaud, pas assez chaud?
Et aussi, pourquoi couvrir? après tout, les chevaux sont nés avec des poils qui peuvent se transformer en fourrure l'hiver venu, et n'ont pas attendu la création de Horseware & co pour survivre, non?
Pour bien commencer, je vous invite à lire ce petit topo écrit par des vétérinaires, qui rappelle quelques données physiologiques et décrit comment aider un cheval lambda à bien vivre ses frimas. Mais il y a un paramètre qui n'est pas pris en compte dans cet article - tout comme dans la plupart des argumentaires généralement donnés pour ou contre les couvrantes. 
En hiver, on se gèle et il fait tout le temps nuit, donc on expédie la corvée d'écurie pour rentrer se caler devant Netflix avec un bol de soupe. Franchement, je comprends. On suppose donc de notre cheval qu'il soit vite disponible pour que ça aille vite et qu'on aille vite reprendre le cours de Grace & Frankie. C'est là que ça coince, sur la disponibilité du bestiau. On entend souvent dire "c'est l'hiver, il est raide" ou "l'hiver ça pique les fesses et il met des coups de cul". De fait, chaque hiver, je palpe beaucoup de muscles dorsaux très rigides, des lombaires bloquées en flexion, des culs serrés ; et des chevaux carrément grincheux au sellage ou au sanglage sans raisons apparentes.
La raison : ils ont les muscles crispés, parce qu'ils ont froid. Et plus il fait humide et / ou venteux, pire c'est. Certains chevaux bougent très peu, même au pré, même avec des dispositifs qui les obligent au mouvement (Paddock Paradise & co), et le froid les ankylose - et ils n'ont pas l'idée de courir partout pour se réchauffer. Certains chevaux sont frileux - et la race n'est pas une garantie de rusticité, l'une des pires frileuses que j'ai vue était une Mérens. Les chevaux sont comme nous, ils ne sont pas égaux face au froid. Quand on se les pèle, on se bloque tous les muscles. L'échauffement pour retrouver une disponibilité musculaire convenable doit en conséquence être beaucoup plus long et progressif que quand on est dans un climat agréable. 

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Face à ce constat, plusieurs gestes quotidiens sont à mettre en oeuvre (outre le fait de s'assurer que le cheval a un abri correct et des apports nutritifs suffisants pour bien vivre la saison froide of course) :
- palper régulièrement le dos, les reins et la croupe de son cheval pour s'assurer que les muscles ne sont pas tendus
- couvrir son cheval, même s'il n'est pas tondu, à partir du moment où on sent que le dos réagit au froid et qu'on veut pour autant continuer à le monter
- profiter du pansage pour lui réchauffer le dos : trucs thermiques façon fibre céramique, couvertures de massage, solarium, une ou deux bouillotes sous une séchante, massage de préparation avec un gel chauffant... y a plein de solutions!
- longer avant de monter, et seller après avoir longé
- stocker sa selle dans un endroit tempéré, pour que les matelassures ne soient pas dures comme du béton - ou marcher le cheval avec sa selle pendant quelques minutes avant de monter, le temps que les matelassures se réchauffent
- prendre le temps d'échauffer longuement et de faire un vrai retour au calme avant de desseller pour atténuer les impacts musculaires de l'entraînement
- ne pas oublier de sécher le cheval avant de le recouvrir et / ou de le remettre dehors s'il vente / pleut / caille / neige / blizzarde
Donc, le choix de la couverture pour un cheval monté régulièrement en hiver me semble assez judicieux, ne serait-ce que pour favoriser de bonnes conditions de travail et lui rester agréable. Lui n'a pas l'option Netflix / velouté de potiron pour se réchauffer...
Mais comment choisir la bonne couverture? 

Le cahier des charges attendu d'une bonne couverture peut se définir ainsi : protège le cheval sans l'abimer, est pratique d'utilisation et dure dans le temps. 
A mon sens, les deux premiers critères sont les plus importants. Pour ne pas abimer son cheval avec une couverture, trois choses :
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1. le choix de la taille, duh! (voir guide ci-dessous)

2. trouver une couverture dont la coupe correspond au cheval. Ca, c'est moins évident, car la "greffe" et la "sortie" de l'encolure, la longueur et la largeur des épaules, la hauteur et la longueur du garrot, la façon de bouger et de se rouler de l'animal viennent compléter la notion de taille de couverture, qui se décide par rapport à la longueur du cheval (voir guide des tailles BETA). Et les coupes sont différentes d'un fabricant à l'autre, obviously, sans pour autant qu'on ait plus de détails que ça... 

Cette question des fabricants de qui taille comment se généralise à la question de la confection, que ce soit encore une fois pour les couvertures, les selles, ou les couche-culottes. Les BONS fabricants ont pris des mesures sérieuses et emploient des matériaux adaptés, les MAUVAIS fabricants se sont basés sur des critères moins pertinents que l'ergonomie de leur produit et plutôt sur des détails (la couleur, les gadgets, tout ça), et les fabricants bas de gamme produisent des copies indifféremment reprises sur les modèles best-sellers des bons ou des mauvais fabricants, parfois surprenamment correctes mais la plupart du temps assez nazes.

3. un réglage cohérent : une couverture trop serrée va naturellement gêner le cheval aux entournures, mais les couvertures trop peu ajustées au poitrail glissent en arrière et compriment le garrot. D'où que la forme d'encolure de la chemise est importante.

Anecdotes maison : l'un de nos chevaux a un garrot très haut : il ne supporte que les couvertures dites "high neck" et passe son temps à essayer d'enlever tout ce qui a une coupe classique. Si on lui met ça, on le retrouve toujours quelques heures plus tard avec la couverture de travers ou sur l'encolure. A l'inverse, l'un de ses potes a un garrot plat et long, mais surtout des épaules très obliques, larges et longues : lui, il préfère une coupe "ras le cou", et une high neck (mal coupée) l'a blessé au garrot l'an passé. Cette méchante couverture est partie sur un troisième larron, qui a des épaules obliques mais courtes et surtout un garrot très court, et elle lui va parfaitement. Ce dernier gus a de la dermite et porte des couvertures en été : il adore celles, vertes, d'une certaine marque mais s'enfuit quand on arrive avec la couverture de rechange d'une autre marque, qui est blanche...

La notion de protection est le deuxième critère d'importance. La couvrance du corps du cheval est un premier facteur (avec un protège-cou? une protection ventrale? un rabat de queue?), mais il faut aussi adapter le grammage (voir ci-dessus) et l'imperméabilité : une couverture d'extérieur qui laisse passer la flotte est un drame pour le cheval en-dessous car risque de provoquer l'inverse de l'effet attendu... Gare, donc, à son étanchéité (les coutures, toujours regarder les coutures)!

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Pour le grammage, j'ai vu ce petit tableau qui semble assez intéressant, c'est une réduction d'un autre proposé par l'association British Equestrian Trade Association et qui est bien complet

Celui de BETA a l'avantage de comparer les conditions de vie cheval au box / cheval au pré, ce qui joue forcément un rôle important. Mais c'est un guide qui reste assez vague et ne tient pas compte des sensibilités individuelles. Apparemment, le capteur Orscanna est pas mal pour arriver à déterminer les solutions réellement adaptées à chaque individu, mais je ne l'ai jamais testé (mon smartphone a une trop petite mémoire pour avoir plein d'applis #excusebidonn°147).

Le guide BETA propose aussi, en 2e page, un guide de prises de mesures, parce que oui, la question des mesures se pose pour les couvertures, et entre les différents fabriquants, c'est pas simple de savoir qui taille comment.

Sans aller jusqu'à la valse des couvertures, qui est souvent un bon prétexte à ce que les tenanciers de pension refusent à s'occuper des manies couvrantes de leurs locataires (c'est clairement pénible quand on a 10 chevaux à couvrir découvrir recouvrir 15 fois / jour), pensez régulièrement à "aérer" cheval et couverture dès que le temps le permet. Un cheval qui marine sous une couverture trop longtemps, ça n'est pas très hygiénique... mais à l'inverse, trop d'hygiène n'est pas top non plus! les lessives employées pour laver les couvertures peuvent créer des réactions cutanées inattendues... attention à leur composition ;-)

Ah si, deux derniers trucs en faveur de la couverture : 

1. un cheval sans couverture qui vit dehors brûle plus de calories pour se réchauffer et profite donc moins des apports de sa nourriture : sans adaptation des apports de sa ration, il risque de maigrir, son dos "fond" et change de forme = problèmes de selle.

2. ça va quand même plus vite à brosser, un cheval couvert qui vit au pré. C'est la feignasse en moi qui parle, mais on parlait au début d'aller vite ;-)

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Et vous, quelles sont vos stratégies hivernales?

14 octobre 2018

Histoire de gonfles et de travail du cheval

Aujourd'hui, je donne la parole à Sophie, vétérinaire et cavalière.

Je "croise" Sophie virtuellement depuis de nombreuses années, et j'ai eu l'occasion de la rencontrer à l'occasion d'un stage que j'ai donné pour la Fédération Belge des Ostéopathes Animaliers en avril 2018. Je savais qu'elle rencontrait des problèmes de selles grâce aux réseaux sociaux, et elle m'a confirmé que ça continuait. Je lui ai suggéré une piste de réflexion, et un mois plus tard, j'ai reçu un message contenant ces mots : "tu avais raison". Ca, j'aime (en même temps, je connais pas grand monde qui aime à se tromper). Et donc j'ai demandé à Sophie de m'écrire un topo, pour pouvoir partager son expérience avec mes chers lecteurs.

"Tout a commencé en 2010, quand j’ai acheté une petit jument irish cob de 3ans, Willow. La première selle que je lui ai mise sur le dos était on ne plus inadaptée : une vieille selle de randonnée pour cheval de selle classique : très étroite et très longue. En gros, c’était suspendu devant et beaucoup trop long derrière, avec un gros pont au milieu. Bref : exit.

Ensuite, j’ai demandé conseil à une sellerie lambda, pas forcément au point, qui m’a vendu la Wintec Wide parce que, je cite, « Wintec va à tous les chevaux ». C’est là que la galère a vraiment commencé : persuadée que cette selle était « la bonne » puisque la sellerie était venue sur place l’essayer, j’ai passé des soirées entières par mail avec deux saddle-fitters, on a essayé tout ce qui était possible pour que cette selle convienne à ma jument (les cales devant, derrière, dans la selle, sous la selle, les changements de tapis,…), rien n’y faisait : ma jument gonflait systématiquement à hauteur des étrivières. Après un quart d’heure en selle ça commençait déjà, et plus je montais longtemps ou avec des allures, et plus la gonfle s’étendait. Ma jument ne semblait pas avoir mal, elle ne « disait » rien quand on appuyait sur la gonfle, m’enfin quand même... Jusqu’au jour où… Les poils sont tombés sous l'avant de la selle (pas à l'endroit de la gonfle) et il y avait une énorme zone autour où les poils étaient blancs à la base du poil. Donc arrêt de ma jument pendant 3-4 mois le temps que tout se répare, revente de la Wintec, décidément elle n’irait jamais.

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Ensuite, je me renseigne sur les selles pour « petits gros » et je tombe sur la marque Massimo (j’ai dû lire à peu près tout ce qui existait en français sur le saddle-fitting à ce moment-là, c’est-à-dire pas grand-chose en dehors du début de blog saddlefitting.fr et la multitude de posts sur différents forums, avec des idées bonnes et moins bonnes). Je prends les mesures de ma jument, je trouve une Massimo d’occasion pas trop loin de chez moi avec les bonnes mesures (je passe les moments de doute, de calcul de mon budget d’étudiante ; Le beau rêve de randonnée en tête à tête avec mon cheval en prend un coup). Essai de la selle Massimo : en statique ça a l’air de coller ! On essaye en promenade. C’est beaucoup mieux que la précédente, mais ça gonfle toujours un peu. L’amélioration est que cela ne gonfle plus qu’un peu, toujours au même endroit, mais ça ne s’étend plus et ça reste léger. J’en parle à mon vétérinaire de l’époque et à mes profs (je suis étudiante véto à ce moment-là) et on en arrive à la conclusion que les tissus peuvent avoir morflé un peu trop et que ça reste comme ça « ad vitam » à cause d’un tissu cicatriciel. Je chipote un peu avec des tapis Mattes, Haf, ça va-ça vient, par moment ça diminue puis tout à coup ça regonfle. Ça reste « raisonnable » mais moi ça m’embête quand même.

Comme ça continue toujours à gonfler un peu, je finis par faire venir un saddle-fitter (denrée rare par chez nous à ce moment-là). Selon lui, la selle Massimo est aux bonnes mesures et il n’y a rien à faire dessus pour la mettre mieux : c’est la bonne longueur, largeur, pas de pont,… En statique elle est OK. D’un côté ça me rassure, mais comme je ne suis pas satisfaite de la persistance de ces petites gonfles, je décide de tenter une autre selle avec laquelle je pourrais plus facilement modifier les réglages aux changements de saison. Je lui prends donc une selle mixte Thorowgood Cob (spécial « petits gros » : courte et plus aplatie pour mieux épouser les formes des chevaux table de jardin). Avec cette selle, on augmente encore d’un cran l’adaptation à mon cheval parce que là, elle ne gonfle vraiment presque plus. Quand je montre aux autres cavaliers du club les gonfles que je vois, il faut vraiment que je leur mette la main dessus pour qu’ils la sentent. Malheureusement « presque plus » ce n’est pas « plus ». De plus, je tombe enceinte à ce moment-là, ma jument devient une tondeuse de luxe pour une bonne année. Et quand je remonte un peu après cela, bim, regonfle ! A ce stade-là, les grands rêves de journées dans la forêt sont définitivement éteints, je ne monte presque plus (j’avoue que voir cette gonfle, si minime soit-elle, après chaque heure passée sur mon poney commence à me pourrir ma vie équestre). Et moins je monte et plus cette gonfle augmente à chaque séance.

Je finis par me rendre à un we de formation destinée aux saddle-fitter pro et ostéopathes à Paris, en touriste, mais je me dis que peut-être je trouverai une nouvelle piste. J’en discute avec plusieurs pro, je teste différents trucs à mon retour, je me rapproche de nouveau du Graal, ça ne gonfle de nouveau « presque plus » mais encore un peu. Je prends une prof de haut niveau (pour ma tondeuse de luxe obèse, je ne recule devant rien, pas envie d’en rajouter une couche avec des conseils pas toujours avisés), on se lance dans le dressage puisque jusqu’ici elle n’a fait que de l’extérieur, se muscler un peu ne peut pas faire de mal. Ça n’a pas porté ses fruits par manque d’assiduité (et de budget) de ma part.

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En avril 2018, je vais à un we de formation donné par Eugénie dans mon coin pour les ostéopathes. J’en discute avec elle : elle me dit que pour elle, la gonfle à cet endroit, c’est le cheval qui s’écrase sous la selle, qui ne se porte pas et ça provoque un pivot de la selle. Je suis d’accord avec cette approche, donc maintenant il faut vraiment prendre ce problème de gras-non musculature-non travail (dans l’ordre que vous voulez puisque les trois s’entrainent l’un l’autre, nous étions rentrées dans un cercle vicieux). Je demande à une autre participante de cette formation si elle veut bien travailler ma jument et me donner cours, histoire de donner un gros coup. Et là, miracle : ma jument reste grosse mais elle a fondu, le dos est remonté, la selle est venue se caler sur un dos qui tient et plus de gonfle au travail ! J’ai terminé de parachever l’adaptation de la selle par un sanglage bas avec une sangle courte déportée et un tapis Mattes avec correcteur pour relever légèrement l’avant. Seul petit bémol : effectivement maintenant un peu de tissu cicatriciel s’est formé, on sent un tissu un peu induré même au repos. Cela ne sera plus jamais «100% normal ». Cependant, je sens cette différence de tissus mais quand je demande aux autres de toucher et de me dire ce qu’ils en pensent, pour eux c’est extrêmement minime. Actuellement (5 mois après le début du travail intense), je peux remonter avec plaisir, et j’ai même participé à un TREC début septembre, deux jours de suite, sans gonfle particulière."

Voilà. Le problème que Sophie a rencontré, c'est un problème que je rencontre souvent chez nombre de cavaliers, amateurs comme professionnels : c'est un manque de compréhension de ce que suppose l'équitation comme effort physique de la part du cheval, de connaissances sur une bonne préparation physique à l'effort, et de compréhension des conséquences. Il y a aussi - surtout - la peur de trop demander, la peur d'abuser, la peur de faire mal. La selle peut créer des maux, mais souvent les maux qu'elle cause sont plutôt des conséquences - surtout dans un cas comme celui de Sophie, qui a entouré Willow du soin de nombreux professionnels. 

N'oublions pas que les exercices de dressage, les gymnastiques de cavaletti, le terrain varié ne sont pas des finalités en soi, mais plutôt des outils - de même que l'échelle de progression classique. Il est inutile de s'écharper sur la pertinence de ces moyens et sur l'ordre dans lequel les employer, car ils sont complémentaires et à utiliser différemment en fonction des chevaux, des cavaliers et des objectifs : ce sont des bases, tout comme la grammaire et l'orthographe sont la base d'une langue, ou le solfège et l'harmonie la base de la musique. Rares sont les personnes et les chevaux tellement doués qu'ils peuvent s'en passer. 

Et le cheval qui monte le dos pour porter son cavalier, c'est la base de la base. Un cheval qui ne porte pas naturellement doit apprendre à porter, sinon ne devrait pas être monté. Méga big-up en passant aux cavaliers du centre équestre de Castres, où pour la première fois de ma vie, j'ai entendu une jeune fille de 12 ou 13 ans m'expliquer que sa selle ne convenait probablement pas à son cheval "parce qu'il ne peut pas monter le garrot quand je lui demande". Félicitations absolues aux enseignants. J'en suis encore sur le cul.

Pour en savoir plus sur les gonfles, vous pouvez vous reporter à mon article écrit pour Cavalassur sur le sujet

Et sinon, passez un bon dimanche et à bientôt!

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